Encourager son enfant

Publié le 10 mars 2018 | Chronique de grand-papa Pierre

Chers lecteurs et lectrices,

J’observe que l’action «d’encourager son enfant» prend de plus en plus d’importance de nos jours. Mon âge de grand-père me permet d’affirmer que la vie d’aujourd’hui se déroule dans un monde plus complexe qu’avant, où s’offrent beaucoup d’options et de possibilités, sans oublier toute cette panoplie de distractions et de divertissements. Ajoutez à cela les grands courants d’influences provenant de la publicité et des innombrables amis des réseaux sociaux. Serait-ce la complexité d’aujourd’hui qui amène une nécessité accrue pour l’encouragement?

Cette complexité n’est pas mauvaise en soi mais pourrait être en cause face à une certaine confusion chez plusieurs, amenant un manque de motivation ou d’orientation de leur vie. Et les statistiques concernant le décrochage scolaire et le stress de tous et chacun semblent appuyer tout ça. Selon moi, c’est un peu ce qui explique pourquoi encourager nos enfants a pris de l’importance dans les rôles parentaux. Ça vaut sûrement la peine qu’on y réfléchisse, par amour pour nos enfants dans ce monde aussi bouillonnant.

Il y a toutes sortes de motifs et de façons pour encourager son enfant. Bien sûr, à première vue, c’est pour son bien qu’on l’encourage, pour qu’il développe une bonne estime de lui-même, pour qu’il réussisse dans ses études, pour qu’il performe dans les sports.


Comment se fait-il que certains encouragements créent parfois un blocage chez l’enfant ou ne donnent pas les résultats escomptés, malgré les efforts déployés?


Il y a d’abord les encouragements envers les tout-petits pour: les premiers pas, le premier caca dans le pot, s’habiller seul(e), etc. J’ai souvent vu des parents mettre beaucoup d’emphase face à des étapes somme toutes naturelles du développement de l’enfant; comme si le parent prenait en charge chacune de ces étapes, presqu’au détriment de l’enfant. Combien de parents se sont vantés d’avoir «mis propre» leur enfant, ou d’avoir devancé ses premiers pas, ou d’être très fiers d’avoir réussi à ce qu’il(elle) s’habille seul(e)… après tous ces efforts. Ce type d’encouragements est généralement associé à du «renforcement positif» (le mot lui-même parle de l’effort), c’est-à-dire avec des encouragements fortement marqués pour quelque chose de naturel célébré comme un évènement extraordinaire: « Bravo! Tu es grand(e) maintenant! Etc! »). Certains vont bonifier avec une récompense.

Ma réflexion face à ce type d’encouragement est la suivante : c’est beaucoup d’efforts de la part des parents. Serait-ce par manque de confiance, croyant que l’enfant ne peut se développer par lui-même? Celui-ci ne risque-t-il pas de perdre contact avec sa propre expérience intérieure et par le fait même, sa confiance en lui? L’enfant peut même y voir une piste pour manipuler ses parents, par une attitude de résistance face à cet encouragement; on voit souvent un enfant «forcé  de devenir propre qui décide de ne plus être propre, peut-être pour ainsi se réapproprier un pouvoir qu’on lui a subtilisé».

Selon mon expérience et mes observations, le meilleur encouragement serait comme suit :

être présent à ce que l’enfant vit, sans être pressé, ce qui permet de le ressentir quand il est prêt. Par exemple, pour la propreté, le parent peut simplement l’informer comme suit : «quand tu seras propre, ce sera plus facile pour moi car je n’aurai plus à changer ta couche et je serai très content(e)».


Même genre de message pour l’habillement. Et le parent veillera à accorder une attention bienveillante pour aider l’enfant qui décide d’aller sur le petit pot ou de s’habiller lui-même. On le sait : l’attention bienveillante, c’est très valorisant, sûrement plus qu’un renforcement positif ou qu’une récompense.


On comprend que l’enfant s’approprie alors l’entière responsabilité (et la fierté) de devenir propre ou de s’habiller avec, en prime, de faire plaisir à son parent, car il le sait.


Parfois, derrière l’encouragement, le parent cache une croyance qui ne correspond pas nécessairement à ce que l’enfant vit. Par exemple, pour le parent, la réussite scolaire ou les performances sportives de son enfant sont garantes de son statut de bon parent. Or, les situations d’études ou de sports sont souvent sources de difficultés et de grands défis pour l’enfant, au point de miner substantiellement sa motivation. Si l’encouragement est davantage centré sur ce que le parent attend comme résultat, celui-ci risque fort d’être peu sensible à ce que l’enfant lui-même vit dans cette situation. Si les encouragements prodigués n’incluent pas une sensibilité à comprendre ce que l’enfant vit réellement, celui-ci restera probablement fermé. Un encouragement digne de ce nom doit tenir compte de la réalité de l’enfant en l’écoutant activement. La question se pose : « Qu’est-ce que j’encourage à partir de ce que je connais de mon enfant? »


Dans tous les cas où on veut influencer positivement nos enfants, l’exemple rayonnant des parents demeure une forme implicite, simple et efficace d’encouragement, que ce soit pour les toilettes, l’habillement, les études, l’auto-discipline, etc.


Un encouragement n’est rien de plus qu’un encouragement et ne doit pas dépouiller l’enfant de ses responsabilités mais plutôt l’orienter à justement prendre ses responsabilités. J’ai souvent observé que, pour certains parents, la réussite de leur enfant est essentiellement attribuable à leurs «efforts» comme «bons parents». Ces efforts comprennent des aides financières substantielles (auto, maison, etc.) qui peuvent aller jusqu’à mettre en péril la sécurité financière des parents eux-mêmes. Ou encore le gardiennage des petits-enfants pour  encourager leurs enfants dans leur travail ou leurs études, ce qui met une pression indue sur la vie de couple des grands-parents. Je laisse au lecteur le soin d’identifier ce genre d’efforts qui, en fait, envoie le message que l’enfant est trop faible ou incompétent pour prendre ses propres responsabilités… au point tel que les parents doivent se sacrifier.

Face à tous ces efforts de la part des parents, l’enfant peut conclure que cela lui est dû, ce qui le dégage de sa propre responsabilité. Une dynamique de déresponsabilisation s’installe vers une incapacité à se motiver et vers une dépendance à l’égard de ce qui lui semble dû. Par contre, pour que l’enfant devienne adulte, il doit toujours demeurer responsable de sa vie, tant pour ses propres réussites que pour ses propres échecs.

En conclusion, l’encouragement est sûrement des plus appréciés dans notre monde complexe d’aujourd’hui. Il doit aider l’enfant à réellement prendre ses responsabilités tout en préservant sa relation avec lui-même et ses propres ressources. Le sens de responsabilité est l’ingrédient le plus important de l’estime de soi. J’encourage le lecteur à bien soigner ses encouragements… afin qu’ils soient réellement profitables.

Grand-Papa Pierre.



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