Être père

Publié le 12 septembre 2017 | Chronique de grand-papa Pierre

Chers lecteurs et lectrices,

Le deuxième dimanche de mai, c’est la fête des mères, ça va de soi. Mais on dirait que le troisième dimanche de juin, qui est la fête des pères, on y pense moins. Serait-ce que le rôle paternel est moins reconnu ou peut-être, de par son rôle, n’a pas besoin de ce genre de reconnaissance? On entend aussi que les pères sont moins à la maison, ou encore moins impliqués avec les enfants que les mères. Après tout, ce sont les mères qui portent les enfants, les allaitent et répondent à tous leurs besoins dès la tendre enfance. La nature donne sûrement aux mères une longueur d’avance pour ce qui est de l’implication avec les enfants. Quelle serait alors la place du père d’aujourd’hui dans tout ça?

Que nous dit l’histoire récente à propos de la paternité dans la société? Entre la Renaissance et le XVIIIième siècle, le père se devait d’être un acteur important dans la vie économique et religieuse de la famille; il devait aussi transmettre les valeurs morales de l’honnête homme et on lui recommandait même de la tendresse. C’est probablement de là que vient la notion du bon père de famille. Mais à partir de la Révolution industrielle du XIXième siècle s’est esquissée l’absence du père qu’on lui donne aujourd’hui, c’est-à-dire, hors du monde affectif, relationnel et éducatif; bref, relégué au seul rôle de pourvoyeur.

Ce n’est que depuis les cinquante dernières années, avec la lutte des femmes pour accéder au domaine public, ainsi que certaines revendications masculines à l’égard de la famille, que le père est appelé à regagner la sphère domestique. D’autant plus que l’histoire nous démontrerait que le père peut être autre chose qu’un simple pourvoyeur.  Mais surtout, de nouveaux discours scientifiques et sociaux mettent en lumière l’importance des qualités du père en partenariat avec les qualités de la mère dans le développement de l’enfant. Le rôle de pourvoyeur seulement ne suffit plus, ce qui demande de redéfinir les bases de la paternité.

Comment donc se définir comme père dans un monde où les mères prennent encore beaucoup de place, où la conciliation travail-famille se bute à des entreprises qui s’attendent à ce que le père soit totalement dévoué et engagé dans son emploi, où les valeurs sociales sont éclatées à l’égard de la consommation, de la sexualité et bien d’autres choses? Il y a aussi cette montée du narcissisme et de l’individualisme où la vie pour soi seulement est pratiquement valorisée ces temps-ci. Il y a aussi ceux qui se débattent dans ce monde un peu fou et qui sont quelque peu dépassés pour s’engager envers un enfant. Bref, notre société d’aujourd’hui ne fait pas nécessairement la vie facile à l’émergence de la paternité.

Celui qui, dans ce contexte, se pose la question « Est-ce que je veux être père? » et y trouve une réponse affirmative, consciente et réfléchie, c’est qu’il est disposé à ce genre d’engagement.


Voici donc un énoncé pouvant nous aider à saisir l’engagement paternel : « C’est la participation et la préoccupation continues du père biologique ou substitut à l’égard du développement et du bien-être physique et psychologique de son enfant ».


Reconnaissons qu’ils sont nombreux aujourd’hui les hommes qui revendiquent naturellement ce genre d’engagement, comme quelque chose d’important dans leur vie. Reconnaissons également que de plus en plus de pères s’impliquent remarquablement dans la famille. Aussi, à l’honneur de nos choix de société où les congés parentaux ont enfin vu le jour, plusieurs pères en profitent pour être près de leur enfant dès l’âge tendre.

Le père qui choisit cet engagement le fait, non pas pour être le père parfait (les parents parfaits, ça n’existe pas, heureusement), mais parce qu’il reconnaît la richesse de cette expérience et sa contribution à la croissance de l’humanité. En tant que grand-père, je peux dire que mes enfants m’ont fait grandir dans la vie et je crois fièrement avoir contribué, comme on dit, « au grand cycle de la Vie ».

Cet engagement peut se manifester selon les aspects suivants :

  • Un père en interaction, par sa présence et par des activités avec l’enfant.
  • Un père attentionné à des tâches quotidiennes favorisant le bien-être de l’enfant.
  • Un père affectueux par des gestes et des mots qui rassurent et encouragent.
  • Un père responsable en encadrant la vie de l’enfant par un soutien social et moral favorisant ainsi son intégration à la société.
  • Un père pourvoyeur par un soutien financier aux besoins de l’enfant, même lors de séparation.
  • Un père évocateur où l’enfant est présent dans ses pensées et où il souhaite son bonheur.
  • Un père collaborateur avec les autres intervenants dans la vie de l’enfant, surtout avec la mère mais aussi avec l’école, les travailleurs sociaux, les médecins, etc.
  • Un père citoyen disposé à défendre les droits familiaux face à la société.

À bien y penser, être père aujourd’hui, c’est peut-être plus palpitant que jamais auparavant. Ce n’est plus seulement un rôle imposé par la société mais une façon de m’engager authentiquement dans ces aspects. Autrement dit, la paternité d’aujourd’hui est l’opportunité de réfléchir sur le sens de ma vie et de prendre position concrètement à l’égard des futurs citoyens du monde. On se rappelle, de la réflexion du mois de mai de Grand-Papa Pierre, comment ma relation est tellement plus satisfaisante lorsque je suis authentique plutôt que derrière un rôle.

En conclusion de cette réflexion, est-ce que je vais dire aux hommes comment ils doivent vivre leur paternité? Bien sûr que non. Les hommes qui s’engagent le font à leur façon; c’est dans leur nature et c’est ce qui fait leur force dans l’engagement. Voici simplement certaines façons d’être permettant de nous guider dans nos interactions. Je vous invite à rester branché sur votre cœur, au-delà du père parfait ou du père éducateur.

Le « bon père de famille » élabore, au fil des ans, une relation avec ses enfants; c’est-à-dire qu’il est avec eux dans leur apprentissage de la vie. Il est à l’écoute, il se révèle, il demeure vulnérable, il apprend aussi de ses enfants et de la vie qui évolue à travers eux, il enseigne par l’exemple et par ses propos comment bien se comporter, comment être responsable et comment bien s’arranger avec les autres; il est généreux, exigeant et confiant que ses enfants sont tout équipés pour être forts et heureux dans la vie. C’est ainsi que les enfants se laissent imprégner de la force du père.

Si la contribution d’un homme en tant que père permet à un enfant de se réaliser comme adulte et peut-être de devenir un père engagé à son tour, j’y vois le courage d’un engagement qui mérite certainement une célébration : disons au moins celle d’une reconnaissance au troisième dimanche de juin.

Bonne fête des pères. On le mérite bien!

Grand-Papa Pierre.

 

 



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