Le jugement et le rôle parental

Publié le 1 mars 2019 | Chronique de grand-papa Pierre

Chers lecteurs et lectrices,

On le sait, les comportements humains et les interactions entre eux suscitent beaucoup de jugements, au point qu’il est difficile, voire impossible, comme diront certains, de ne pas juger. Selon mon expérience et mes observations, en tant que parent, grand-parent et même comme moniteur en compétences parentales, s’il y a un domaine particulièrement exposé à cette réalité des jugements, c’est bien le rôle parental. On peut comprendre ces parents qui se posent la question : « Suis-je un bon parent? », comme on a vu dans la chronique portant ce titre. La question se pose, alors que l’on baigne dans une mer de commentaires, d’opinions et de critiques décriant les maladresses, les erreurs, les façons d’agir et les mauvais comportements des parents ou même des enfants qui sont vus comme le reflet de leurs parents.

Bien sûr, il ne s’agit pas de généraliser, mais simplement de mettre à jour ces tendances aux jugements dans nos familles. Je ne parle pas ici de constats, d’abus ou de négligence qui demanderaient un correctif ciblé, mais de ces jugements qui surgissent souvent dans le contexte des familles dites « normales ».

Entre parents, et de façon plus ou moins explicite, des parents ont parfois tendance à se juger entre eux, en se comparant à travers certains « troubles ou performances» de leurs enfants respectifs.

On a même vu des couples sans enfant juger des parents dont les enfants avaient des « comportements considérés plus ou moins acceptables », selon eux.

On a vu des parents juger leurs propres enfants devenus parents et dont les méthodes d’éducation ne correspondaient pas à celles qu’ils avaient utilisées pour les élever.

On a vu également des enfants juger leurs propres parents qui seraient supposément en cause dans leurs difficultés d’adultes suite à une éducation « plus ou moins déficiente ».

Les grands-parents paternel et maternel peuvent se juger entre eux en se comparant à qui gâte le mieux ses petits-enfants.

J’invite le lecteur à prendre conscience de tous ces jugements qui prennent forme dans le monde familial où interagissent des pères, des mères, des grands-pères, des grands-mères, des oncles, des tantes, des beaux-frères, des belles-sœurs, des cousins, des cousines, des amis, des voisins, etc. Identifiez ces jugements qui vous habitent à l’égard de votre environnement familial. Nous sommes tous plus ou moins concernés en étant soit celui qui juge, soit celui qui ressent le jugement des autres. Il y a ces jugements qui persistent parfois dans nos têtes ou dans nos conversations : (trop) sévère, (trop) permissif, (pas assez) discipliné, nonchalant, mal élevé, paresseux, bruyant, gâté, timide, impoli, ingrat, vantard, malpropre, etc.


Avant de juger, il faut se rappeler ceci : s’il y a un rôle dans la vie qui n’est pas évident, c’est bien celui de parent. Essayons de comprendre : ce papa et cette maman étaient d’abord deux personnes « ordinaires comme tout le monde », sans expérience reconnue dans l’éducation des enfants. Voilà qu’ils se trouvent dans une relation particulièrement intime, ce qui constitue en soi un réel défi de relation humaine. En plus, ils s’en trouvent unis en tant que responsables d’un nouvel être humain qui arrive avec son caractère bien à lui, qui a tout à apprendre et qui a des besoins de nouveau-né très exigeants.


Ces nouveaux parents doivent alors intégrer un nouveau venu, mignon bien sûr, mais soudainement encombrant; il s’agit également de préserver leur personnalité respective, de maintenir une source de revenus (genre emploi),  gérer un logement, l’alimentation, l’habillement, le transport, la garderie, l’école, les soins médicaux, etc., dans une vie commune, reconstituée ou séparée! Quand on s’y arrête, avant de juger ces deux parents et leur(s) enfant(s), je nous invite à élargir notre vision et tenter de comprendre leur situation, et, surtout, de laisser beaucoup de place à la bienveillance. C’est par un regard bienveillant que nous les respecterons dans leurs choix, leurs façons d’être, leurs limites, leurs difficultés, en se rappelant qu’ils font tout leur possible pour prendre soin de ce « bouillonnement » de famille destiné à faire grandir tous ceux qui s’y trouvent, et surtout, un ou plusieurs enfants qu’ils aiment sans compter.

Quant à vous papa et maman, si jamais vous ressentez le jugement des autres à travers certains commentaires ou critiques, rappelez-vous que le milieu familial pense surtout au bien-être des enfants, de sorte que ce ne sont pas nécessairement vos compétences parentales qui sont mises en cause. Il s’agit plutôt de garder un esprit constructif et d’ouvrir la communication pour comprendre comment les autres voient la situation.

Être parent, c’est aussi s’assumer dans ce rôle, reconnaître que vous êtes le mieux placé pour connaître votre enfant et pour interagir constructivement avec lui. Que votre relation avec votre enfant soit donc votre relation et non une relation sous pression par crainte du jugement des autres. Par ailleurs, reconnaissons qu’être parent est une responsabilité complexe; il n’y a aucune honte à demander de l’aide et à susciter de l’entraide dans la famille. En fait, ce devrait être le véritable rôle de la famille : l’entraide de ses membres, parents et enfants et les autres. Et si la famille ne présente pas les bonnes conditions d’aide en termes de support ou de confiance, il existe des organismes d’aide à la famille, tels que Famille à Cœur, sur lesquels on peut compter sans se faire juger.

Bien sûr que les jugements existent dans les familles et sont parfois tenaces. Ils sont la cause de bien des tensions, discordes, malentendus, justement parce que ce ne sont que des jugements et qu’ils reflètent si peu la situation réelle des parents et des enfants.


Voici quelques règles à se rappeler également. Ceux qui jugent les autres cherchent avant tout le tort chez l’autre pour se conforter du jugement qu’ils s’infligent à eux-mêmes. Chacun a le droit d’être ce qu’il est et d’être informé respectueusement des conséquences, s’il y a lieu, sur son entourage. Et chacun a droit à son mystère.


En conclusion, si un jugement surgit en vous, rappelez-vous que ce n’est rien de plus qu’un jugement; faites appel aussitôt à votre capacité de compréhension et de bienveillance! Vous ressentirez alors cette bouffée d’harmonie en vous-même et avec les autres, dont votre famille pourra sûrement bénéficier.

Grand-Papa Pierre



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