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16 septembre 2021

Ce que la Vie nous apprend, selon Grand-Papa Pierre.

Il y a cette citation de Paulo Coelho qui a attiré mon attention: « Ne vous plaignez pas de vieillir. Tout le monde n’a pas ce privilège ». En tant que grand-père, le mot « vieillir » prend un sens évidemment plus interpelant; ce qui m’a fait réfléchir pour réaliser effectivement qu’il y a privilège : celui de vivre dans un pays où l’espérance de vie en santé est relativement élevée, ainsi que la « chance » que j’ai eue de vivre assez « vieux », pour être grand-père.

Mais attention ! En y réfléchissant bien, ce n’est pas le mot « vieux » ou « vieillir » qui est le privilège. Être vieux fait référence à un caractère grognon, ou encore à des facultés cognitives et des capacités physiques affaiblies. Le véritable privilège, c’est d’avoir vécu longtemps ! Il s’agit donc de distinguer vieillir et vivre longtemps; en fait, certains se retrouvent vieux bien avant d’avoir vécu longtemps.

Pour nous aider à faire cette distinction, il y a cette autre citation d’un de mes amis conférencier, André Bienvenue, qui a d’ailleurs été impliqué sur le Conseil d’Administration dans les premières années de Famille à Cœur. « À ceux qui disent que je suis vieux, je les corrige en répliquant que ça fait simplement plus longtemps qu’eux que je suis jeune ! »

Ce qui me rappelle cette autre citation dont j’ignore l’auteur mais que j’endosse parfaitement : « On est jeune tant qu’on a plus de projets que de souvenirs ! »

J’invite le lecteur à réfléchir sur ce que signifie pour lui être jeune.

On comprend que la notion-même de la jeunesse demeure une préoccupation importante dans notre inconscient collectif souvent évoqué par la recherche de la Fontaine de Jouvence. Et reconnaissons que c’est surtout l’apparence qui constitue le principal attribut de la jeunesse : beaux visages, beaux corps, vêtements tendance, style de vie audacieux, etc. Et notre société de consommation y exploite un marché intarissable : celui où nombreux sont ceux qui voudraient rester « jeune » le plus longtemps possible. Et c’est là le problème : quand on vit longtemps, cette « belle » jeunesse perd de son éclat, s’étiole.

Voici une autre citation concernant la jeunesse : « La véritable jeunesse ne s’acquiert qu’avec l’âge. » Et c’est de celle-là dont je veux vous entretenir.

Quand on a l’âge de grands-parents, c’est qu’on a des enfants et des petits-enfants. Et là, il faut avoir acquis cette « véritable jeunesse ».

D’avoir vécu plusieurs décennies nous fait apprécier comment notre société a évolué sur certains points et réaliser comment elle a dérivé sur d’autres points. Cela devrait nous inspirer une certaine compassion pour le monde qui nous entoure, incluant nos enfants qui se débattent dans cette époque qui n’est plus la nôtre.

L’histoire de ma « longue » vie meublée depuis mon enfance, de mes folies, de mes erreurs, de mes amours, de mes projets, de mes emplois, de mes défis, de mes accomplissements, de mes amis, de mes enfants, de mes voitures, de mes maisons, de mes voyages, etc. constitue un outil extraordinaire de connaissance de soi et d’appréciation de ma personne. Je peux affirmer que : « Oui ! J’ai fait mon possible, du mieux que j’ai pu ! »

Sur cette base, j’invite les « jeunes » à s’assurer que, quand ils auront vécu assez longtemps, ils pourront dire, en revoyant l’histoire de leur vie: « Oui ! J’ai fait mon possible, du mieux que j’ai pu ! »

Cela apporte beaucoup de sérénité lorsque nous sommes « avancés en âge ».

En particulier, la compassion, la bienveillance et la sérénité associées à cette autre jeunesse me permettent un détachement important…

Ainsi, le grand-père que je suis doit accepter de ne pas tout savoir de la Vie. Notamment, les « jeunes », et mes propres enfants en particulier, de par leur implication dans leurs études, leurs emplois, leurs familles, leurs amis, leurs technologies nouvelles, savent ce qu’ils ont besoin de faire et de savoir dans la Vie de leur époque. Beaucoup de la vie de nos jeunes échappe aux générations de leurs propres parents. En conséquence, il se peut que nos « jeunes » délaissent quelque peu leurs parents, trop occupés qu’ils sont dans leur propre vie.

Voilà une réalité que certains parents trouvent difficile car ils ont gardé cet attachement à l’égard de leurs enfants. En fait, on s’investit tellement dans les soins et l’éducation de nos enfants qu’il peut être pénible de constater, qu’à un moment donné, nos chers petits n’ont plus besoin de nous. Ce détachement fait partie des apprentissages difficiles lorsqu’on vit longtemps. Il faut simplement se rappeler : quand nous avions leur âge et aux prises avec toutes les occupations et préoccupations de notre époque, il ne restait pas beaucoup de temps pour nos propres parents. Que cela nous permette de comprendre cette réalité de la Vie : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même » (Khalil Gibran, Le Prophète).

Quand on vit longtemps, on doit apprendre à accepter ces choses qui nous dépassent. L’envol de nos enfants en fait partie, conformément à cette autre citation : « Éduquer nos enfants c’est leur apprendre à se passer de nous. Leur envol est le signe que nous avons réussi ». Accordons à nos enfants beaucoup de bienveillance, même lorsqu’ils nous manquent; c’est un des plus beaux apprentissages que de faire confiance à la Vie. Et nous avons raison de faire confiance à la Vie lorsque nous avons vécu assez longtemps pour démontrer que nous sommes nous-mêmes dignes de confiance.

 

Grand-Papa Pierre, ouvert à vos questions et vos commentaires… chenpie1@hotmail.com.

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